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Depuis la mort de Bernard-Marie Koltès en 1989, sa réputation n’a cessé de s’accroître.

Ainsi, en Février 2007, l’une de ses pièces intitulée « Le Retour au Désert », a pour la première fois été intégrée au répertoire de la Comédie Française. Malheureusement, cette pièce n’aura pas eu la visibilité attendue, car le frère et ayant droit de Bernard-Marie Koltès s’est opposé à la poursuite des représentations notamment au motif que le personnage de l’Algérien, Aziz, n’était pas joué par un acteur algérien ou arabe comme le préconisait Bernard-Marie Koltès.

Les représentations se sont donc arrêtées au terme du minimum contractuel de 30 représentations au lieu des 34 programmées. Le Tribunal de Grande Instance de Paris a été saisi de cette affaire, dans laquelle il s’agissait de déterminer si un ayant droit peut s’opposer au choix du metteur en scène concernant l’origine d’un des acteurs.

Ce principe est en effet admis en ce qui concerne l’auteur lui-même, qui peut exiger que sa pièce ne soit interprétée que par les « représentants d’un sexe » (solution étendue en l’espèce à l’origine de l’acteur).

Toutefois, dans le cas de l’ayant droit, il s’agit pour les juges du fond de déterminer, au regard des éléments en leur possession, la véritable intention de l’auteur. Le 20 juin 2007, le TGI de Paris a rendu sa décision et condamné François Koltès au versement de 20 000 € (+ 10 000 € au titre des frais de procédure) à la Comédie Française pour avoir « abusé de son droit moral d’ayant droit » Les juges n’ont pas, dans cette affaire tenu compte des « intentions » formulées par Koltès lui-même qui semblait tenir à ce qu’un « rôle d’Africain soit joué par un Africain car on ne joue pas plus une race qu’un sexe » ainsi qu’une prise de position de celui-ci à propos de la mise en scène de sa pièce à Hambourg où il souhaitait que « Les rôles d’Arabe soient joués soit par des Arabes, soit par des Turcs soit par des Pakistanais ».

Ils ont également considéré qu’aucune indication du texte de la pièce, tout comme les écrits laissés par l’auteur, n’indiquent que ce personnage « soit joué par un Arabe ou un Algérien », précisant également que l’acteur choisi pour jouer Aziz parlait « parfaitement l’arabe » et était « donc en situation de dire parfaitement les répliques écrites dans cette langue ».

En outre, le tribunal a estimé que François Koltès avait violé ses obligations contractuelles en refusant de laisser jouer les 4 représentations complémentaires. Même si le droit moral défendu par un ayant droit doit en effet être très finement analysé, on peut toutefois s’étonner de cette décision, dans la mesure où de nombreux éléments factuels venaient appuyer les revendications de M. Koltès.

Il est toutefois possible que le Tribunal ait (inconsciemment) tenu compte de sa contestation tardive au regard du déroulement des représentations. Il semble en tout état de cause que ce dernier souhaite former appel de cette décision polémique.

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